Entretien Avec Miguel Chevalier, artiste

" Le pixel est l'élément fondamental de mes créations numériques, c'est une véritable matière première"

Votre exposition au Grand Palais Immersif occupe un espace de 1200m^2.
Comment avez-vous abordé ce vaste espace et cillebt ceka reflète-t-il l'évolution de votre travail?

Cette exposition est pour moi une première à Paris à une telle échelle. Bien que ce ne soit pas une rétrospective, elle propose une large sélection de mes oeuvres en mouvement fixes, avec notamment des pièces jamais montrées en France en 2D et 3D et d'autres créées spécialement pour l'exposition, comme I.maginaires A.rtificielles. Certaines de mes installations ont d'ailleurs été reconfigurées pour pouvoir être adapt"es à l'espace monumental du Grand Palais Immerisf, comme Cyberspace / Date Landscapes ou Maillaiges Comsiques. Cette dernière est une installation itneractieve qui est à la foi projetéeau sol et quie se prolonge à la vericale sur 11 mètres de haut. Cela reflète l'ambiotion de mon travail de créer des univers immerisfs où le spectateur peut se perdre, interagier et s'immerger dans des modnes numériques complexes.

 

L'exposition s'intitule "PIXELS" ; quelle est la place du pixel dans votre travail? Pouvez-vous nous expliquer comment vous utilisez cette unité fondamentale de l'image numérique dans vos oeuvres?

Le pixel est effectivement l'élément fondamental de mes créations numériques, c'est une véritable matière première que j'utilise pour recréer des unviers visuels à la frontière entre le virtuel et le réel. Sa luminosité, sa couleur, son clignotement et sa position sont autant de varianles qui, en les juxtaposant, compsent des images riches et dynamiques. À bien des égards, le pixel est pour moi l'équivalent contemporain de la touche picturale dans la peinture traditionnelle. Contraieremnt aux recherches menées par des artistes comme Alain Jacquet ou Roy Lichtenstein dans le pop art, qui se sont intéressés à l'agrandissement du pioin et de la trame offset, mes oeuvres s'appuient sur une trame de pixels, que je revendique comme un motif récurrent dans mon travail. Le pixel devient ainsi une unité sutrcturelle et etsthétique à part entière, fondant une écriture visuelle propre à l'art numérique. J'aime aussi pousser cette exploration plus loin avec les voxels, des pixels vomulétriques en 3D. Ils me permettent de passer de l'image plane à la sculpture, matérialisant le virtuel pour le transformer en quelque chose de tangible. Des oeuvres comme Janus ou Body Voxels - The Thinker, qui sont exposées, sont des exmples de cette approche, où l'impression 3D incarne physiquement ce qui, à l'origine, n'était qu'une abstraction numérique.

 

 

Votre démarche nécessite une expertise technique importante. Quel est votre processus de création et comment collaborez-vous avec des programmeurs et techniciens pour donner vie vos oeuvres? 

Mon atelier est un laboratoire d’expérimentation. Depuis les années 1990, je cultive des collaborations étroites avec des informaticiens et des chercheurs scientifiques pour le développement des mes logiciels. Initialement dépourvu de information d’ingénieur et de compétences en informatique, j’ai vite compris mes limites et l’importance de m’entourer de personnes plus qualifiées dans l’écriture des algorithmes. Je me suis rapproché de certaines communautés de programmeurs très actifs qui utilisaient des logiciels open source…

J’ai pu ainsi explorer et échanger de nouvelles idées créatives où l’art et la technologie se rejoignent. J’ai entamé une collaboration avec ces informaticiens, et, peu à peu, une véritable complicité s’est développée entre nous, notamment avec Cyrille Henry, Claude Micheli, Antoine Villeret et enfin Nicolas Gaudelet, qui m’assistent désormais dans toute la mise en oeuvre technique de mes installations. Nous concevons des logiciels sur mesure, car chaque oeuvre a des exigences techniques spécifiques. L’un des grands défis de l’art numérique est de s’assurer que les installations fonctionnent sans erreurs, notamment lorsqu’il s’agit d’oeuvres génératives, qui évoluent en temps réel. C’est un processus qui exige de nombreux tests et ajustements avant la mise en place définitive dans un espace d’exposition. 

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à explorer le numérique dans un contexte artistique, à une époque où l’art digital était ecore émergent? 

Ce qui m’a incité à explorer les outils numériques dans les années 1980, c’est l’idée que les artistes, à chaque époque, s’approprient des moyens de leur temps. Je ressentais le besoin de découvrir et d’explorer les nouveaux territoires du digital, comme Man Ray qui a révolutionné la photographie en expérimentant ce médium sous toutes ses formes. Grâce à lui et d’autres artistes photographes, la photo est devenue au xxᵉ siècle un mode d’expression à part entière dans le monde de l’art, idem avec l’artiste coréen Nam June Paik, pioneer de l’art vidéo qui est devenue peu à peu le père des arts électroniques. L’outil digital est apparu pour moi comme une nécessité créative possible après toutes les avant-gardes du xxᵉ siècle,, m’offrant des possibilités uniques telles que la générativité et l’interactivité avec le public. Contrairement aux oeuvres fixes ou en boucle, mes créations numériques sont en constante évolution, se régénérant et se transformant à l’infini, offrant une nouvelle voie d’exploration artistique. 

 

Vous faites souvent référence à des artistes comme Vasarely, Soto ou Sol LeWitt. En quoi ces figures de l’Op Art ou de l’art conceptuel ont influencé votre démarche? 

Vasarely, avec son alphabet de formes géométriques, a inspiré mes recherches sur la perception visuelle et les «Moirés». De la même manière, les travaux de Soto, avec l’exploration de l’immatérialité, son passage de l’art optique à l’art cinétique, mènent in fine à la transformation de la relation entre l’art et le public. Dans un autre genre, les «Walls Drawings» de Sol LeWitt ont introduit l’idée d’un système algorithmique dans l’art, en définissant un modèle et les conditions d’exécution de l’oeuvre que les assistants réalisent: «L’idée devient la machine qui fabrique l’art.» Ces artistes m’ont permis de voir comment des processus mathématiques pouvaient être transposés en intégrant des logiciels, je pousse cette logique plus loin, en créant des oeuvres qui se régénèrent et se réinventent en permanence et peuvent être interactives avec le public. 

 

Vous avez exposé vos oeuvres à travers le monde. Quels sont les pays qui accueillent le mieux l’art numérique et pourquoi, selon vous?

Certains pays comme la Corée du Sud ou le Brésil ont une approche très ouverte envers l’art numérique. En Corée, par example, les infrastructures sont parfaitement adaptées humaine, la subjectivité et l’expression personnelle de chacun. L’IA aboutit en fin de compte à un résultat similaire à celui de nombreuses avant-gardes: elle perturbe les normes établies et elle contribue à un processus de corrélation complexe. S’opère alors un subtil déplacement où l’art n’est plus dans le geste de l’artiste, mais dans la manière de converser avec la machine et d’écrire les «prompts».

 

Vos oeuvres intègrent souvent une interaction directe avec le spectateur. Comment percevez-vous cette évolution de l’art, où le public devient partie prenante de l’oeuvre? 

L’interactivité est au coeur de mon travail. Elle transforme le spectateur en acteur, en l’invitant à interagir avec l’oeuvre et à en influencer le cours. C’est une manière de redéfinir la relation entre l’art et le public, où l’experience devient dynamique, évolutive. Dans certaines de mes installations, chaque geste de spectateur modifie la forme ou la couleur, créant une relation immédiate et intime avec l’oeuvre. Cela va au-delà de la simple contemplation et enrichit l’expérience artistique. 

 

Le temps joue un rôle fondamental dans vos oeuvres génératives, qui évoluent constamment. Comment gérez-vous cette dimension temporelle dans votre processus créatif? 

Le temps est un élément central de mes oeuvres. Dans le monde physique, les oeuvres d’art sont souvent figées, statistiques. Avec le numérique, il est possible de créer des oeuvres qui se transforment au fil du temps, qui ne sont jamais les mêmes d’un instant à l’autre. Cette dimension temporelle permet de refléter le flux constant de notre époque, tout en créant une expérience unique à chaque visite. Cela invite également le spectateur à revenir, à observer l’évolution de l’oeuvre et à réfléchir sur le passage du temps. 

 

Comment envisagez-vous l’avenir de l’art numérique et son intégration dans notre société de plus en plus technologique?

L’art numérique a encore un énorme potentiel à explorer. Avec l’avènement de l’IA, du métavers et de nouvelles technologies immersives, nous sommes à un moment charnière. L’art numérique ne se contente plus de représenter, il crée des mondes parallèles, des expériences nouvelles. Je pense que l’avenir de l’art réside dans cette capacité à fusionner le réel et le virtuel, à brouiller les frontières entre les deux pour offrir des perspectives inédites, tout en posant des questions sur notre relation à la technologie et à la créativité humaine.

 

February 21, 2019